Le blues post-Erasmus
Loose et déprime sont les maîtres mots de l'ex-expatrié durant plusieurs semaines. Les mois passés dans un pays étranger furent l'occasion de nouvelles recontres, d'expériences riches en émotions, de découvertes, bref de nouveautés en tout genre. La sensation de changement intérieur qui habite l'étudiant, de retour dans son pays, impossible à communiquer tant on se sent seul, est commune à chacun. "J'ai changé, mais pas les autres !" "Les autres" ne voient toujours pas plus loin que le bout de leur nez et leur monde est limité à leur environnement, à une distance très limitée, à une heure précise. Mais tout ça est trop local ! Toi, petit étudiant anciennement en goguette, tu penses à celui qui déjeune quand tu dors encore, qui va travailler quand tu dînes, à l'autre bout de la planète. Tu tombes des nues quand on te demande si les Irlandais boivent de la Guinness à tous les repas, ou si les Espagnols mangent de la tortilla à chaque déjeuner, ou encore si les Allemands ne sont réellement que d'affreux aryens autoritaires !
Pourtant il faut s'y faire, aussi difficile que soit le retour, seule une personne ayant vécu la même expérience d'expatriation (Erasmus ou non d'ailleurs !) peut comprendre cette sensation de vide intersidéral à chaque seconde, ce goût de déjà vu, cette fadeur de tous les instants. Le pays d'origine n'est pas devenu insipide en quelques mois, simplement l'habitude de nouveautés constantes, la nécessité de s'adapter ont disparu. Et tout est devenu trop simple et banal.
Une solution ? D'après les psychologues - pour qui l'expatriation est une formidable expérience, en ce sens qu'elle permet de se détacher une bonne fois pour toute du cocon familial et de rentrer dans l'âge adulte en perdant ses illusions - en l'état actuel des choses, il n'y a que le temps pour parvenir à bout de ce blues post-Erasmus. En l'état actuel des choses, car beaucoup déplorent le manque de moyens déployés en faveur de l'étudiant fraîchement rentré au bercail. Si le paquet est mis sur l'avant et le pendant, l'après est totalement délaissé.
Ce blues est donc considéré comme normal, à condition que cela ne dure pas plus de quelques semaines. Certains feront le choix de repartir, mais il est vivement conseillé de se garder un laps de temps suffisamment important pour y réfléchir, et s'assurer qu'un départ - souvent précipité - ne constitue pas plus une fuite qu'un réel attachement à une carrière internationale...
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