On ne peut pas plaire à tout le monde

Publié le par galliryc

Si en matière d'art un constat est évident, c'est que tous les goûts sont dans la nature. A part quelques grands noms ou quelques oeuvres qui font la quasi unanimité, tant pour les amateurs d'art que pour les critiques, on peut accepter bien des choses du moment que quelqu'un y trouve un sens. L'art est toujours discutable.

Oui mais voilà, Jeff Koons au Château de Versailles, ça dérange. D'abord les chauvins, qui voient d'un mauvais oeil cet américain à l'art trop voyant profaner la sacro-sainte demeure royale. Ensuite les puristes, qui n'acceptent pas le mélange des genres. Mais le but de l'art n'est-il pas parfois de déranger, de donner une autre vision des choses, une autre perception du monde ?

D'autre part certains artistes ne sont reconnus par la critique qu'après plusieurs années. L'avantgardisme dont certains d'entre eux font preuve n'est pas obligatoirement accepté, et il en résulte une incompréhension artistique. Ainsi il faut parfois quelques années avant que le public intègre l'oeuvre, que la critique la digère, bref qu'on l'accepte et la reconnaisse. Van Gogh n'a-t-il pas été reconnu qu'à titre posthume ? Les artistes sont parfois incompris.

La présence des oeuvres de Jeff Koons au Château de Versailles a, bien des fois, été justifiée trop rapidement dans la presse et à la télévision. Dans une interview de l'artiste, pour Le Monde du 11.09.2008, Jeff Koons a ainsi invoqué le rapprochement des styles, en réponse au journaliste qui affirmait la "profonde différence" entre ses oeuvres et le fief versaillais : "Différences ou proximité ? Je crois que mes oeuvres, placées dans l'environnement des symboles du XVIIe et du XVIIIe siècle, dans leur architecure, dans leurs arts décoratifs, vont s'y attacher. D'abord parce que j'aime ce qui est baroque ou proche du baroque." Première nouvelle, le Château de Versailles serait d'inspiration baroque ! Malgré quelques touches baroques, en effet, le rapprochement semble exagéré, et ne fait que simplifier le mouvement baroque à l'exubérance des couleurs bien présente dans les oeuvres de Koons.

Pour autant soyons sport, "l'opposition" n'est pas en reste de sottises, puisqu'on a pu lire de certains bloggers que l'expostion est une profanation. Où est la profanation lorsque l'on met et que l'on déplace ensuite. Il n'y a en effet aucune destruction ou modification du Château en lui-même.

En vérité, le plus gênant, puisqu'il est évident que l'art est discutable (et le talent aussi...), ce n'est pas tant l'emplacement des oeuvres que la spéculation financière qui s'articule autour du marché de l'art. L'emplacement fait tout l'intérêt de l'expostion, et l'art de Jeff Koons a bel et bien toute sa place à Versailles. Pourquoi ? Pour la simple et bonne raison Jeff Koons est actuellement, avec Lucian Freud, l'artiste vivant le mieux côté du moment. Quel rapport ? Versailles n'était-il pas, à l'époque de sa création par Louis XIV, une mise en scène du pouvoir ? Aujourd'hui rien a changé, Jeff Koons à Versailles c'est bien la mise en scène du pouvoir : celui de l'argent.

Source image : www.lexpress.fr
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Publié dans Art

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